Une geisha moderne

Rencontre avec une charmante hotesse de bar à alcool qui cachait mal son jeu.

barwomen illustation geisha moderne drapeau japonais

jpn

L'anecdote

Pour remercier nos interlocuteurs de nous avoir bien traités lors de cette réunion à Tokyo, notre chef nous invite tous dans un bar à alcool. Il s'agit d'un lieu fréquenté exclusivement par des hommes. Il y avait moins de clients que de serveuses et donc chacun était servi par une serveuse spécifique. La mienne était particulièrement attentionnée et j'ai eu l'impression qu'il s'agissait davantage d'une hôtesse que d'une serveuse.
Après avoir bu 2 verres de Cognac à jeun, je me surprends à lui faire des compliments sur son apparence.
Sa réponse me surprend : "Comment pouvez-vous me trouver belle alors que je suis à moitié Coréenne ?"
Encore plus désinhibé après un troisième verre, je lui réponds que pour moi cela n'est pas important et qu'elle est vraiment ravissante.
Au moment du départ, nous avons droit à un curieux cérémonial où chaque hôtesse fait semblant de nous retenir en nous prenant par la main et en exprimant des regrets pour notre départ.
De retour vers notre hôtel, le chef de la délégation Japonaise, entre plus saoul que moi, me dit "Alors, elle vous a beaucoup plu votre hôtesse ? J'acquiesce et il ajoute : "Vous lui auriez montré votre carte de crédit au moment du départ, elle vous aurais accompagné dans votre chambre d'hôtel".
Je me dis alors à moi-même : "Mais quel idiot ! Avec sa minijupe en cuir et ses bas résilles, tu aurais du comprendre qu'elle était trop sexy pour être honnête ! En réalité, s'était une prostituée, la version moderne des Geishas des siècles précédents"

La mentalité

Les Japonais sont des gens particulièrement pudiques.
L'expression orale des sentiments en public est considérée comme un signe de mauvaise éducation. C’est pour cette raison que mes propos flatteurs envers mon hôtesse avaient été particulièrement remarqués. Elle en avait été gênée et avait réagi conformément à leur mentalité, c’est-à-dire en faisant preuve d’humilité, ce qui est le signe de l’inconfort social.
Cette expression peut se faire que dans le cadre de protocoles relationnels inspirés des cérémonies anciennes.
J'avais été formé au protocole de la première mise en relation professionnel. Il s'agit d'incliner chacun le buste vers son interlocuteur. Chacun tends sa carte de visite en la tenant avec deux mains (très important les deux mains). Puis à tour de rôle chacun lis la carte et s'exprime honoré de la rencontre. Ils ne se serrent pas la main entre eux.
En effet, il faut respecter un espace vital pour chacun d'une vingtaine de centimètres. Les contacts physiques sont donc réservés aux amis proches et à la famille.
A force de travailler avec des occidentaux, ils finissent par se forcer à des poignées de main.

Dans le cas de la cérémonie de sortie du bar à hôtesse, le fait qu'elles nous tiennent la main signifie qu'elles entrent volontairement dans notre espace vital.
Pour moi, qu'une femme me tienne la main n'avais pas de signification particulière car les contacts physiques sont courant dans nos pays.
Mais pour un Japonnais, qu'une femme entre volontairement dans son espace vital tout en se montrant charmante et enjôleuse a un sens tout particulier.
Cela signifie qu'elle est prête à la réciproque, c'est à dire qu'il entre dans son propre espace vital.
S'il lui montre, discrètement bien sur, sa carte de crédit, il signifie qu'il est prêt à un partage d'espaces vitaux très approfondis et tarifé.